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Derrière la carte postale des villages perchés se cache une histoire longue et parfois tragique. Comprendre le passé du Luberon donne un autre relief aux visites : pourquoi les villages se sont perchés, pourquoi certains furent abandonnés, pourquoi les ocres ont fait la richesse de la région. Voici les grandes étapes.
Préhistoire et Antiquité
Le Luberon est habité depuis la Préhistoire : des outils et des traces d’occupation ont été retrouvés dans plusieurs grottes et abris sous roche. À l’époque romaine, la région est traversée par la via Domitia, la grande route qui reliait l’Italie à l’Espagne. Le pont Julien, près de Bonnieux, construit au Ier siècle avant notre ère, en est un témoin remarquable : ses trois arches enjambent toujours le Calavon. La ville d’Apt, l’antique *Apta Julia*, était alors une colonie romaine prospère.
Le Moyen Âge et les villages perchés
Après la chute de l’Empire romain, l’insécurité pousse les populations à se réfugier sur les hauteurs. Les villages se regroupent autour d’un château ou d’une église fortifiée, sur des éperons rocheux faciles à défendre : c’est l’origine de Gordes, Bonnieux, Ménerbes, Oppède ou Lacoste. Les abbayes cisterciennes s’implantent dans les vallons isolés, comme l’abbaye de Sénanque, fondée au XIIe siècle.
Les papes d’Avignon
Au XIVe siècle, la papauté s’installe à Avignon, à quelques dizaines de kilomètres. Le Comtat Venaissin, territoire pontifical, s’étend jusqu’aux portes du Luberon. Cette présence apporte richesse et constructions, et de nombreux prélats possèdent des demeures dans la région. Le poète Pétrarque, attaché à la cour pontificale, s’installe à Fontaine-de-Vaucluse.
Les vaudois et le massacre de 1545
Au XVe siècle, des familles vaudoises, adeptes d’un mouvement religieux dissident venu des Alpes, s’installent dans les villages du Luberon, alors dépeuplés, et les remettent en culture. Ralliés à la Réforme protestante, ils sont durement persécutés. En 1545, une expédition militaire détruit plusieurs villages, dont Mérindol et Cabrières-d’Avignon, et fait des milliers de victimes. Les ruines du vieux Mérindol rappellent encore ce drame.
Les châteaux de la Renaissance
Le XVIe siècle voit aussi la construction de demeures élégantes : le château de Lourmarin, l’un des premiers châteaux Renaissance de Provence, ou le château de La Tour-d’Aigues, dont il reste un spectaculaire portail. Au XVIIIe siècle, le marquis de Sade séjourne dans son château de Lacoste.
L’industrie de l’ocre
À la fin du XVIIIe siècle, Jean-Étienne Astier, originaire de Roussillon, met au point un procédé pour transformer l’ocre en pigment. Au XIXe siècle et au début du XXe, l’exploitation de l’ocre devient une industrie importante autour de Roussillon, Gargas et Rustrel, exportant dans le monde entier. Le Colorado provençal et le sentier des Ocres sont les vestiges de cette activité.
Exode rural et renaissance
Au XIXe et au début du XXe siècle, beaucoup de villages perchés se vident au profit des plaines et des villes. Oppède-le-Vieux est presque abandonné. La renaissance vient au XXe siècle avec l’arrivée d’artistes et d’écrivains : le peintre André Lhote et d’autres à Gordes, Albert Camus à Lourmarin, Nicolas de Staël à Ménerbes. Plus tard, les récits de Peter Mayle font connaître le Luberon dans le monde anglophone.
La Résistance
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les maquis s’organisent dans le Luberon et les Monts de Vaucluse. Gordes est durement frappé en 1944. Le musée d’histoire Jean-Garcin, à Fontaine-de-Vaucluse, retrace cette période.
Le Parc naturel régional
En 1977, le Parc naturel régional du Luberon est créé pour protéger les paysages et le patrimoine face à l’urbanisation. Il est reconnu réserve de biosphère par l’UNESCO en 1997, et son patrimoine géologique fait partie du réseau mondial des géoparcs.
Voir l’histoire sur place
Visitez l’abbaye de Sénanque et Gordes, le château de Lourmarin, les ruines de Lacoste et d’Oppède-le-Vieux, et le sentier des Ocres à Roussillon.
Bon à savoir
La Maison du Parc, à Apt, présente l’histoire et le patrimoine du massif dans une exposition gratuite.
Les traces de l’histoire dans le paysage
En vous promenant, repérez les bories, cabanes de pierre sèche bâties sans mortier par les paysans ; les restanques, murets qui soutiennent les terrasses cultivées ; les aiguiers, citernes creusées dans la roche pour recueillir l’eau de pluie ; et les moulins, à huile ou à farine, au bord des rivières. Ces témoins discrets racontent la vie rurale d’autrefois, faite d’ingéniosité et de patience face à un sol pauvre et à un climat sec.
Photo : Suwannee.payne, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
